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À toi, la femme d’un alcoolique

J’ai envie de te parler, de te dire que je te comprends tellement. Et que malheureusement je comprends peut-être même des choses que tu comprends pas encore. Je t’ai déjà croisée, à ma job, avec des amies, dans une allée du Walmart, je t’ai entendu. Parfois tu m’en a parlé directement, tu m’as même demandé conseil. Moi, quand je t’écoutais me parler de toi, ben j’avais l’impression que tu me jasais de moi! Parce que j’ai rien inventé, c’est la même chose dans toutes les maisons. Ces maisons où des familles comme les autres y vivent. Sauf que nous autres, ben, c’est pas toujours stable.

C’est pas parce que c’est pas un bon gars, même qu’au contraire, c’est un des meilleurs que t’as rencontré! Y’a le coeur gros comme t’as jamais vu. Il peut te pleurer ça comme ça se peut pas. Sa souffrance tu l’as vu. Tu l’as surtout vu un coup qui avait pu de bière à se couler. Ça laissai place aux larmes. Rempli de remords de sa soirée, de sa fin de semaine, de la fin de sa paye, de ton esti d’air bête que t’affiches depuis sa 6e cannette.

Là il le sent que c’est allé trop loin, que ça trop durée. Mais combien de temps que ça durée, ça il le sait pu trop.. il sait pu trop quel jour on est. À part que demain, il retourne au travail pi que ça doit se calmer. Y’a aussi la bol de la toilette qui lui rappel que là c’est assez. Même si toi, ben ça fait 3 jours que tu lui répètes. Mais à soir, toi aussi t’es brûlée! Parce que toi, ta vie a continué de tourner en fin de semaine, t’as pas plus dormi que lui. 
Pis t’as crissement plus envie de te chicaner. Tu vas l’accepter sa demande de finir la soirée collé devant la télé. Pis à travers quelques annonces il va t’embrasser, te dire à quel point il est con, il le sait. Et comme à son habitude, il te poussera 2-3 niaiseries qui te feront éclater de rire. Parce que, on va se le dire, tu l’aimes pas pour rien. Y’a quand même ce p’tit quelque chose que juste lui a. Ce p’tit quelque chose que tu voudrais tellement voir à chaque jour, mais qu’il perd à travers sa semaine de montagne russe d’émotions qui l’attend.

Tu commences sûrement à le savoir d’avance, demain il va t’annoncer qu’il arrête de boire. Parce qu’il te l’a dit la semaine passée et il va te le répéter lundi prochain. Pis demande-moi ben pas pourquoi, je le sais ben pas, mais tu vas encore y croire! Comme tu l’a cru les autres fois. Peut-être parce qu’à ce moment-là il y croit tellement lui aussi. Il veut tsé. Y’a mal. Y’en peut pu. Pis toi, tu te dis qu’il va y arriver. Tu sais quelle belle personne il peut être, cette personne qu’il arrive même pas à voir lui même. Pis la semaine va filer, pi la soif va revenir. 

Avec toute sa puissance à se convaincre, à te convaincre, il va avoir eu la super idée qu’il pourrait en boire juste 6. Tu y diras pas. Mais t’es satisfaite! C’est pas si pire. Ensemble vous allez être convaincu que c’est LA solution. Ça se peut que ça marche, 2, peut-être 3 semaines. Jusqu’à ce qu’une journée ça commence à midi au lieu d’après souper. Et on retourne à la case départ. Tu peux remonter relire mon texte parce que c’est la même histoire qui revient, tu peux relire pendant une semaine, des mois, des années..
C’est une histoire sans fin! Alors quand je t’entends au centre d’achat en passant à côté de toi ou quand tu te confies à moi, j’ai juste envie de te dire SAUVE-TOI! 

Parce que c’est la seule solution. 

Je le sais que tu la cherches encore. La phrase magique, la solution parfaite!
Le jour où il te dira qu’il part en thérapie, tu seras tellement heureuse. Pleine d’espoir. Enfin! Mais la vérité c’est que ça changera rien. Parce qu’un rétablissement, ça dure sur des années. Dans 6 mois ta vie sera tellement parfaite, tu seras pleine de gratitude pour cette maison qui aura transformé ton mari. Mais dans le fond t’en seras qu’à 3 mois que ça te pète dans face. Un soir où il s’est senti capable, ou il s’est senti guéri! Encore là tu peux remonter au début de mon texte. T’es à la case départ ma belle. Jusqu’au jour où TOI tu décideras que c’est la fin. 

La fin que SON alcoolisme te fait perdre la maîtrise de TA vie! Je te souhaite qu’il soit dans le 3% qui s’en sort. Mais tu sais quoi, je pense pas! J’en suis même certaine. Tu sais pourquoi? Parce que t’es là! Parce que t’es encore là à ses côtés! Personnellement, en 10 ans de meeting, j’ai jamais vu un gars assis là parce qu’il voulait sauver son mariage, sa job, sa maison, sa famille. Non. Ils étaient tous là parce qu’ils avaient perdu tout ça! Là ils avaient eu le déclic. Je le sais que c’est triste, crois moi je le sais! Encore là, y’en a qui n’ont jamais le déclic et qui ne l’auront jamais. Je te jure que ça, c’est encore plus triste.

Sauf que toi t’es où dans tout ça? Quand t’essaies de le sauver? T’es en trin de te laisser tomber. Même si tu le ressens pas de la même manière, ça devrait être ça qui est plus triste de tout. Qu’a travers ta routine, tes rêves, tes projets. Tout ça à travers votre belle famille, à travers le bon gars sensible qu’est ton chum. Ben toi, t’existes plus. Parce que trop de soir t’aimerais toi aussi pleurer et que quelqu’un te regarde en se disant « esti que c’est une bonne fille ». Sauve-toi. Le plus ironique là-dedans c’est que ça a sûrement commencé comme ça, un soir où il était pas trop saoul. Yen avait juste bu 6! Pis il te faisait rire. À travers ça t’avais vu tout le bon qui s’y cachait. Tu l’avais dont trouver sensible.

J’ai juste envie de te dire que je te comprends! Ça fait plusieurs fois je m’y fais prendre. Tu vas finir par le voir, y’en a pas de solution magique..

Texte original de Mélissa Beaupré
Je suis le cliché de la fille épicurienne dans la vingtaine qui aime le vin & la crème glacée et qui met tout ça sur Instagram (@valefillion). J'ai aussi pleins d'autres belles qualités, comme te faire connaitre les plus beaux coins de Québec.

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