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Le récit d’une plainte

Le processus de plainte

Pour commencer, il faut préciser que ce post n’est pas de la révolte. Poser une plainte contre quelqu’un relève des lois et des personnes qui les font respecter. Les décisions prises suite à l’examen des preuves et de la plainte résultent de plusieurs facteurs qui relèvent de l’administration.

Il y a un an et demi, j’ai fait un texte pour dénoncer mon agresseur et j’avais pris la grande décision de ne pas porter plainte puisque je ne m’en sentais pas capable. En décembre passé, j’ai finalement décidé de porter plainte contre lui.

Première rencontre de ma plainte, décembre 2018

Ça faisait déjà quelques semaines que je pensais aller porter plainte, mais j’avais trop peur pour y aller; c’était comme revivre le moment en continu pendant plusieurs mois. J’y suis allée sur un coup de tête. Je suis en congé des fêtes aujourd’hui et je n’ai rien de prévu. Je suis couchée dans mon lit et je me dis que je n’ai plus d’excuses pour ne pas y aller. Donc, je prends mon courage à deux mains et je me lève.

En m’y rendant, j’ai des larmes qui coulent sur mes joues tellement j’ai peur et mes mains tremblent. Mon cœur bat tellement vite que j’ai l’impression qu’il ne va pas y survivre. Je trouve cela extrêmement difficile et angoissant, mais je surpasse ma peur parce que je sais que c’est important de dénoncer. Donc, j’arrive au poste de police et je parle au policier qui prend ma plainte. Il me pose quelques questions sur les évènements. Puis, il me dit qu’il va confier mon dossier à un enquêteur qui va me donner rendez-vous dans quelques semaines pour approfondir et mieux connaitre le contexte et ce qui s’est passé.

Deuxième rencontre, 28 février 2019

Cette fois-ci, c’est l’enquêteur que je rencontre. Je dois me présenter dans un poste de police. J’étais encore plus angoissée que la dernière fois, tellement, que j’ai fait une grosse crise de panique dans mon cours et j’ai dû quitter la classe pendant plus de trente minutes. En m’y rendant, mes doigts ont tremblé presque durant tout le chemin. Je ne savais vraiment pas à quoi m’attendre et j’avais peur que mes souvenirs soient trop flous pour que la personne puisse prendre ma plainte en compte.

Rendue au poste de police, l’enquêteur s’est présenté et a commencé à me poser des questions. J’explique les évènements le plus clairement et détaillé possible. Il pose plusieurs questions pour en connaitre davantage sur les répercussions et les petits détails de l’histoire. On regarde les preuves ensemble et on les détaille. Il m’explique ce qui s’en vient; il va envoyer mon dossier de plainte à la procureure, qui, elle, décidera si mon agresseur est accusé ou non. Il m’explique que, comme nous étions des adolescents, le dossier sera jugé comme un dossier jeunesse et que ce sera plus facile pour moi et moins long avant d’avoir une réponse.

Troisième rencontre, 18 avril 2019

Je rencontre la procureure aujourd’hui. C’est cette personne que je dois convaincre que mon agression a été très éprouvante pour moi et que je ressens encore beaucoup de répercussions. Je suis un peu stressée, mais plus confiante que les autres fois. Je me dis que c’est bon signe si mon dossier s’est rendu aussi loin.

Je dois me présenter dans un palais de justice pour pouvoir lui parler. Donc, je m’y rends. Elle a déjà pris connaissance du dossier et a examiné les preuves. Elle me fait sentir très à l’aise et il n’y a aucune gêne quand elle me demande de détailler des réponses. Elle me demande quelles sont mes attentes à propos des conséquences que mon agresseur pourrait avoir. Elle m’explique que, s’il y a accusation, je devrais témoigner contre lui devant la cour. Si tel est le cas, quelqu’un m’y préparera et je serais très bien encadré dans le processus. De plus, elle me renseigne des ressources que je peux contacter en cas de besoin. En sortant de son bureau, je suis convaincue que ma plainte va être prise en compte. La procureure trouve que mon dossier est très clair et les preuves en disent plus qu’il ne le faut.

Appel final, 8 mai 2019

L’enquêteur m’a appelé ce matin pour m’annoncer que les charges ne seront pas retenues contre lui, puisque les preuves ne seraient pas suffisantes pour confirmer ma version des faits. Il m’explique que mon agresseur n’a pas donné la même version et que la notion du consentement est très vague dans mon dossier. Donc, ma plainte n’ira pas plus loin et tout s’arrête ici.

J’avoue que je me sens perdue. Je ne comprends pas, mais ce n’est pas un choix qui m’appartient. Tout de même, j’ai envie de m’écrouler par terre et de crier au monde entier que ce n’est pas juste. C’est comme si mon agresseur avait été innocenté juste parce qu’il n’a pas dit la vérité. C’est comme si j’étais la seule qui méritait toutes ces répercussions et que, lui, n’avait pas à en subir les conséquences. J’ai subi énormément de stress durant ces mois-là et j’ai l’impression d’avoir fait tout ça pour rien. Je pensais réellement pouvoir changer les choses et trouver une source de réconfort à la fin du processus. J’imagine que pour d’autres, c’est un énorme soulagement de voir son agresseur être accusé. Je crois que le pire c’est que je ne peux m’en prendre à personne; à chacune des étapes, on m’a avertie que le processus pouvait s’arrêter à tout moment dû à la délicatesse de mon dossier. J’ai quand même la conscience tranquille, puisque je sais que j’ai fait tout ce que je pouvais et que, maintenant, il ne me reste plus qu’à réussir à passer à autre chose.

Le but du texte n’est pas de décourager ceux qui veulent dénoncer, au contraire, je veux seulement familiariser les victimes avec le processus. Dans mon cas, la plainte n’a pas fonctionné, mais dans plusieurs autres, oui. Le but étant que tout le monde veuille déposer une plainte pour dénoncer ce phénomène qui n’est pas normal. À tous et à toutes, je vous encourage à aller porter plainte, même si ce n’est pas facile. J’espère que mon texte vous aura encourager à essayer ou, au moins, d’y réfléchir un peu.

Voici le site web du gouvernement qui répertorie toutes les ressources qui viennent en aide aux victimes :

www.quebec.ca

Passionnée des films de Walt Disney, meilleure amie de Netflix, semi-rebelle, tête forte pas tant assumée et Drama Queen de profession, ma vie est une playlist continue des meilleures chansons (selon moi!) pas toujours très récentes. Ah! pis mon groupe préféré, c’est Imagine Dragons. Je pense qu’on a fait le tour, bonne lecture!

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