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Mon histoire d’intimidation

C’est le genre d’histoire un peu plate à se rappeler. J’ai envie chaque jour de mettre ça derrière moi et de volontairement oublier cette période de ma vie. Le problème, c’est que l’intimidation que j’ai vécue a fait celle que je suis aujourd’hui. À forgé les problèmes et les embûches que je rencontre aujourd’hui. On dit que ces expériences peuvent nous rendre plus fort, pour moi c’est tout à fait l’inverse.

Chaque année dans la période de la rentrée scolaire, je me rappelle à quel point j’avais la boule au ventre de retourner à l’école. Autant dès mes 4 ans, j’étais excitée d’aller à l’école, je pleurais lorsqu’il y avait une journée pédago, je voulais tellement aller apprendre! Puis à partir de la 5ème année, je pleurais pour ne pas aller à l’école. L’école était devenue mon cauchemar. J’aurais fait n’importe quoi pour ne pas devoir y aller. J’étais LA personne que tout le monde écoeurait. J’étais timide et fragile, un peu chouchou des profs parce que j’avais de la facilité à l’école. Bref, la proie facile des intimidateurs.

On ne m’a jamais fait mal physiquement, on ne m’a jamais non plus pris dans un coin avec plusieurs personnes pour me crier des noms comme on pourrait voir dans les films, on a plutôt pris soin d’étaler ça longuement sur plusieurs années avec des mots blessants par-ci par-là. Dès ma 5ème année et jusqu’à la fin de mon secondaire ça a duré. Peut-être qu’avec le temps c’était moins pire, mais j’angoissais chaque fois que je marchais seule dans un corridor et je sentais toujours qu’on me regardait, me jugeait, qu’on riait de moi. Ce n’était peut-être pas le cas, mais à force de le vivre pendant des années, je te jure, on paranoïe.

Je n’ai pas envie d’énumérer toutes les insultes que j’ai pu entendre au fil des années, mais c’était tellement des insultes ridicules qu’aujourd’hui en tant qu’adulte je me demande pourquoi ça m’a blessé autant. Mais dans mon petit corps d’enfant, oh god que j’avais mal de me faire dire ça. De me faire dire que j’étais laide, que j’étais anorexique, que mon linge était laid, que j’allais jamais avoir de chum, que mes sourcils était trop gros (on m’a même déjà lancé une pince à épiler pour me faire comprendre de les épiler tsé. À 12 ans.) ou encore que mes cheveux étaient gras. Ça blesse tellement fort en dedans en tant qu’enfant. Encore plus quand tes parents ne font rien pour que ça puisse s’améliorer, quand les profs ignorent complètement ce qui se passe et que tes 2-3 amies prennent part aux insultes parce qu’ils ne veulent pas se faire intimider eux aussi. Ouch.

Un jour ça s’est terminé. Ah. En fait non, j’ai fait en sorte que ça termine, j’ai fait un trait sur mes études. Je n’étais plus capable de mettre un pied dans une école sans faire une crise d’angoisse, sans sentir un regard mauvais sur moi. Après est-ce que ça allait mieux? Pas vraiment. Ce sera sûrement comme ça pour le restant de ma vie. Aujourd’hui je suis devenue la personne que je suis, mais franchement si je n’avais pas vécu l’intimidation, ça pourrait sincèrement être mieux. Ma confiance en moi est pas mal au niveau 1/10. Autant à l’intérieur de moi je me sens forte et capable et pleine de confiance, mais lorsqu’il est temps de le démontrer et de faire face au monde extérieur ça drop à 0.

J’ai une immense difficulté à parler de mes aptitudes, de mes projets, des choses que je suis capable d’accomplir, même aux gens les plus proches de moi. Ils ont beau m’aimer comme je suis, j’ai peur sans cesse de leur jugement et de ce qu’ils pourraient dire. « Mais voyons tu devrais pas, ils t’aiment » tu vas me dire. Écoute ceci. Un jour, une personne que j’admire et apprécie énormément m’appuyait à 100% dans tout ce que je faisais, il était fier de moi, ça me faisait tellement de bien de ressentir ça de la part d’une personne que j’appréciais ainsi. Cette personne a dit à ma mère « tu dois tellement être fière d’elle, elle met sur pied des projets magnifique et travail tellement fort ». Ma mère de répondre « aucune idée, ça m’intéresse pas, j’ai jamais regardé ce qu’elle fait ». Un.coup.de.poing.en.pleine.figure. Je me suis sincèrement jamais remise de ces paroles. Même adulte, je ressentais encore du jugement, et ce, de la personne qui devrait être la plus fière de moi! Non ce n’est pas de l’intimidation, mais ça ne faisait qu’alimenter encore plus mon manque de confiance. Thanks mom.

Depuis mes 10 ans, chaque projet j’ai envie de les exposer, mais de les garder secret à la fois parce que j’ai tellement peur du jugement. Je sais que je ne devrais pas. Je sais que j’ai les aptitudes pour réussir et que justement je réussi aussi! Mais c’est tellement difficile de faire face à tout ça. Sur le web, j’ai trouvé ma place pour la petite fille timide que je suis encore. C’est tellement plus facile de m’exprimer à travers des mots ou simplement à travers une caméra devant.. personne. Il y a beau avoir des milliers de personne qui me follow sur les réseaux sociaux, j’ai au moins la possibilité de filtrer ce que je reçois comme commentaire et de ne pas devoir faire face à tout ça « en vrai ». Je dis ça et pourtant, je reçois vraiment très très peu de commentaires méchants. En fait dans les 4 ans de L’Espace Urbain, je peux compter sur les doigts d’une main le nombre de fois que c’est arrivé. Alors tu pourrais bien me dire que ça ne sert plus à rien d’avoir peur et que je devrais être fière et réussir à parler à tous de ce que je crée, mais non. L’intimidation ça laisse des traces pour la vie. Ça affecte toutes les sphères d’une vie. Littéralement.

Crédit photo à la une : Unsplash @panda2013

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Je suis le cliché de la fille épicurienne dans la vingtaine qui aime le vin & la crème glacée et qui met tout ça sur Instagram (@valefillion). J'ai aussi pleins d'autres belles qualités, comme te faire connaitre les plus beaux coins de Québec.

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